Le berger apprivoise la laine de l’attente.

Et les cailloux sont là, qui lui enseignent

la patience de l’ultime chemin de transhumance.

 

Jusqu’à l’intimité des drailles.

 

De toutes les îles de lumière, le berger sait

à l’instant reconnaître la sienne.

La familière et la compagne.

 

L’unique Veilleuse.

Qui décline le soir jusqu’à la profondeur de la nuit.

 

L’écharpe de la nuit porte son parfum jusqu’ici. Au plus profond du sommeil de la montagne, peut-être perçoit-il même son haleine que dépose sur lui la fraîcheur de la solitude.

L’éternité m’est connivence et mon étoile aussi, dit simplement le berger.

Alain NAUD « En sa nuit le berger »

La plénitude s’installe au fur et à mesure que la nuit s’étire.

J’ai filé ma laine et éprouvé les cailloux. Plus tard, je parlerai de la pluie.

 

La douceur ne connaît pas d’excès,

dit encore le berger.

 

A quoi peut songer le berger sous son champ d’étoiles ?

Au gémissement de l’océan peut-être, un autre chant nourri de silence.

Et d’absence.

 

Il contemple son étoile, la première venue. Et resserre sa laine dans la nuit.

L’éclosion du monde est suspendue aux traits d’une femme.

Si proche et si lointaine.

 

Il suffit d’un mouvement à peine perceptible dans le troupeau.

La fièvre d’amour le gagne, fil du silex

au creux des reins.

Et l’écho de son cri ébranle jusqu’au vent.

L’immensité du désir. De la complétude.

 

Dans les yeux de son étoile,

le berger ne sait que la connivence.

Qui n’est pas celle du seul désir.

Le bleu. Celui du premier matin.

 

Et c’est toi qui guides le berger

vers l’éclosion du monde.

Vers la pluie dont il garde mémoire.

 

Toi. La dernière venue sur son étoile. Quand le berger revendique la certitude

de la laine et des cailloux.

 

Double visage de Vénus.

 

Et tout m’est connivence,

dit simplement le berger.

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©caravanedespoètes2017

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